les règles du savoir-vivre
dans la société moderne
extrait de Texte
Jean-Luc Lagarce.
Une jeune dame passe en revue avec une légèreté feinte l’interminable liste des règles à respecter dans les principales circonstances de la vie.
L’inventaire est si détaillé qu’on nage vite dans l’absurde, la satire intrinsèque et le ridicule.
On rit, on sourit, on s’égare à loisir dans les subtilités vertigineuses de l’étiquette qui, loin de n’être qu’un simple code de politesse,
sert à masquer le calcul et le vide abyssal des coeurs, dissimulés derrière le masque des convenances.
Une leçon drôle et grinçante de savoir-vivre….
Les règles du savoir-vivre dans la société Moderne:
Le deuil
Le deuil est une marque extérieure de la douleur.
1l a des règles, on doit les suivre
,
Autrefois, il était très long, on portait le deuil du père
jusqu'à la mort de l'aîné de la famille et ainsi de suite,
c'était long.
Mais la duchesse de Berry, fille du régent, une dame du temps passé,
fit diminuer de moitié la durée des deuils,
Lorsqu'on pensait que le fils aîné était à la moitié de son espérance de vie,
on renonçait au deuil du père.
C'était moins long.
Le deuil de veuve dure deux ans. Le grand deuil, très austère,
toute une année,
Robe de laine unie, voile sur le visage, châle en pointe,
bas noirs en fil ou en laine.
les gants pareils, corbeau et rien de plus. Ni fantaisies ni fioritures
et pas de rouge aux lèvres.
Pendant les six premiers mois de la seconde période,
voile et lainage plus léger.
Gants de soie ou de peau, on sent la coquetterie revenir,
bijoux de jais,
noirs, de jais.
Les derniers six mois, dentelles, noires.
mais dentelles tout de même.
Pendant les trois derniers mois, peu à peu on en voit la fin,
les broderies, les étoffes
blanches et noires, puis jusqu'à complète expiration, du gris,
de la couleur prune, pensée, lilas,
on prend garde à la gradation des nuances,
mais, en toutes circonstances,
si on voulut bien suivre,
c'est bien de gradation qu'il fut question.
Le deuil de père ou de mère, celui de frère
ou de sœur se porte de la même façon,
avec les mêmes gradations
mais sur des durées moins longues encore.

On peut aussi prendre le deuil d'un ami si on en a,
mais ce sont des deuils dits de courtoisie
et rien ne nous y oblige.
On s'abstient de tous plaisirs, de toutes distractions,
on reste chez soi, on ne rit pas à gorge déployée.
Mais, et toujours ainsi que cela continue et recommence,
mais vers le début de la seconde période,
on se permet des conférences sérieuses, des expositions.
On fait des visites. on reçoit le mardi. Deux mois avant la fin,
on rétablit le fïve o 'dock tea, on donne un dîner,
on assiste au concert,
on sifflote dans son bain.
Le deuil terminé, on réapparaît dans les sauteries,
car sauteries et rien d'autre,
on ne danse pas encore, on regarde
mais le pied sous la table marque déjà la mesure.
On va au Théâtre-Français ou à l' Opéra.
On danse la gigue, on va aux Variétés,
ce ne sont plus que mauvais souvenirs,
car souvenirs tout ça et rien d'autre,
on songe à sc marier, on ferait bien un enfant,
on le déclarerait à la mairie de l'arrondissement.


Ainsi que cela n'en finît jamais de se passer.

...Et encore un Monologue.....
ZUTTT...?!