Monologue féminin
Olivier bordaçarre
Extrait...Cartons
Regarde-moi ça tout ce bazar.
Ah j’te jure,
i changera pas, l’est né comme ça,
l’a ça dans l’sang.
Voler, mentir, aller chercher
les emmerdes partout,
ça i sait faire.
L’aut’jour des clés à molette !
Pourquoi faire?
Les r’vendre? Tu parles,
elles sont là les clés,
sous l’lit dans un carton,
y en a au mois une centaine?
Si faut pas avoir un grain quand même…
S’est pas fait prend’ c’te fois-çi
mais sinon qui c’est qui paye ?
Ben voyons…Pis si y avait qu’ça…
Un temps pendant lequel elle passe l’éponge sur le sol humide.
J’savais bien pour son vieux…
Au tribunal était réglé d’avance.
L’avocat i disait comme ça,
c’est un dossier Difficile…
Pff, l’est pas tombé d’l’échelle tout seul !
T’açon c’était pas d’sa faute hein,
pis pas la mienne non pas !
Alors pourquoi il était si
dégueulasse le vieux, vec tout l’ monde ?
On n’en a pas assez vu p’têt’?
Vec c’te gamine qui dit presque rien,
qui mange rien…
Un temps, elle s’assoit fatiguée.
Marre tiens! Marre de tout! La vie d’chien!
Jamais rien pour nous jamais.
Et la môme Choupette,
rien pour elle non plus… (elle pleure)
J’veux aut’chose moi,
j’veux m’promener,
j’veux sortir moi,
j’veux aller à la campagne tiens,
voir des arbres des vaches qui bouffent
de l’herbe dans les champs,
tranquille comme une vache tiens j’voudrais,
ici c’est l’abattoir tout les jours à p’tites doses!
Moi j’préfère un bon coup derrière La tête
et hop terminé!
Pis j’veux manger des escargots,
pis j’veux m’asseoir dans l’herbe,
pis j’veux déménager,
pis j’veux d’autr’Chaussures,
j’en ai marre de ces chaussures,
sont toute usées,
j’suis ridicule avec ça !
Pis j’veux aller au coiffeur, j’veux une aut’ tête,
j’veux pas r’semblait à un balai
avec des ch’veux tout secs,
j’veux êt’ belle moi
Faut êt’ belle pour trouver du boulot,
faut un peu de maquillage,
faut des habits neufs,
faut du parfum sinon c’est pas la peine!
Combien d’temps encore que ça va durer?
Quand est-ce que quelqu’un va m’regarder ?
Faire attention, m’acheter des chaussures…
J’veux un homme qui m’achète des chaussures,
Voilà, c’est ça que j’veux !
Un homme qu’a pas honte de moi,
j’ai rien fait d’mal,
j’veux être tranquille avec un homme,
un qui fait attention, qui donne des fleurs,
jamais eu d’fleurs avec lui,
pas une rose, pas une tulipe,
même pas une pâquerette !
Toujours à s’plaindre,
à râler, à boire, à traîner j’sais où,
à chercher des emmerdes,
à fréquenter des gars rien qu’à leurs tronche
tu t’demandes si qu’i vont pas t’foute
un coup d’rasoir derrière l’oreille…
Même pas leurs causer à ceux-là,
m’dégoûte.
Pas à grâce à eux qui va l’ payer, le coiffeur !
Moi, j’veux un homme qui m’achète des chaussures
et j’veux qui vienne avec moi dans l’magasin.
Non de dieu, i viendra avec moi dans l’magasin
et même si i veut pas au début,
i va s’habituer!
Qu’i m’regarde essayer
qui m’dise si ça m’va,
qu’i s’intéresse,
et on sortirait ensemble
et (très fière)
c’est lui qui porterait l’sac.
C’est ça un homme,
ça tient l’sac de sa femme,
il a pas honte,
il s’en fout qu’y en a
qui disent des trucs,
i tient l’sac
et bras d’ssus bras d’ssous.
Ça c’est un homme
qui m’donnerait du courage,
pis qui m’dirait des mots,
des mots avec…
je sais pas moi,
des mots qui font plaisir…
j’sais même pus c’que c’est.
J’voudrait m’en aller le matin
et qu’i m’fasse un signe,
c’est ça un homme,
ça fait un signe à la f’nêtre,
un coucou comme on dit,
comme si qu’i restait là
pour surveiller, pour attendre,
pour s’occuper d’la maison,
peut bien s’occuper
un peu d’la maison
au moins si i bosse pas,
qu’i lave la vaisselle du p’tit déjeuner,
qu’i donne un coup d’balai,
qui r’fasse les peintures
dans la chambre de la p’tite.
Qu’est-ce qui faudrait
pour qu’i s’remue l’aut’ ?
J’vois bien qu’ça lui fait pas plaisir
de m’voir, qu’il a envie de rien.
I m’laisse yout seule vec
la gamine tout l’temps.
Pas comme avant …
même si c’était pas l’Pérou…
l’était plus souvent avec nous.
Oh ça magouillait un peu
mais ça s’voyait pas trop,
i s’débrouillait mieux…
Maintenant…
l’est dev’nu tellement poire,
i s’fait avoir,
rien que des emmerdes…
Et moi, j’veux pas qu’on vienne
me déranger chez moi
pour des conneries!!
Les magnétoscopes
qui lui coûte six mois d’cabane;
les clés à molette ;
les gars qui viennent ici
pour tout casser ;
le père qui glisse d’échelle...
ça va comme ça ! Ras le bol !...
Envie d’aut’chose.
Tranquille. Pas du bruit, pas des cris,
pas des disputes,
non rien, le calme.
